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Stage d’indigo chez Colore ton Monde

Si vous vous intéressez à la teinture naturelle, vous n’êtes pas sans savoir que l’indigo y tient une place particulière, un brin mystérieuse.

D’une part, le bleu est une couleur avec une histoire singulière, d’autre part l’obtention du bleu en teinture naturelle est une technique à part entière.

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Trois mots d’histoire…

Les premières de traces de teinture à l’indigo ont été découvertes au Pérou dans les soubassements d’un vaste sanctuaire datés de 6200 ans… Soit 1600 ans plus tôt que les Egyptiens à qui on attribuait jusque-là son usage le plus antique !

L’histoire de la couleur bleue dans les sociétés européennes est celle d’un complet renversement: pour les Grecs et les Romains, cette couleur compte peu ; elle est même désagréable à l’œil. Or aujourd’hui, partout en Europe, le bleu est de très loin la couleur préférée (devant le vert et le rouge).

Michel Pastoureau

Si l’histoire des couleurs vous intéresse, l’historien Michel Pastoureau a écrit de nombreux ouvrages sur l’histoire des couleurs (Bleu, Rouge, Jaune, Vert, Blanc, Noir) et vous pouvez aussi écouter une série de podcast à ce sujet sur le site de Radio France : ICI.

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Le stage de 2 jours chez Colore ton Monde

Après avoir testé la célèbre cuve 1/2/3 de Michel Garcia cet été, j’avais envie d’en savoir plus sur le fonctionnement de la cuve d’indigo : comprendre ses spécificités et comment entretenir une cuve.

Le contenu du stage

Le stage se déroule sur 2 jours mais il est possible de faire un stage plus approfondi sur 5 jours.

Les 2 jours permettent de :

  • Découvrir comment s’obtient l’indigo : de la plante au pigment
  • Comprendre le fonctionnement de la cuve d’indigo
  • Monter soi-même une petite cuve de 5 litres
  • Faire un nuancier avec différentes matières : coton / soie / lin
  • Découvrir et tester les techniques de réserves : shibori et sérigraphie avec pâte de réserve
  • Apprendre à entretenir une cuve : les bons réflexes à acquérir

Après ces deux jours de formation, je suis rentrée chez moi avec 3 nuanciers, trois tests avec pâte de réserve (voir plus bas), deux essais de shiboris et ma petite cuve sous le bras ! Autant dire qu’on n’a pas chômé 😀

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Constitution des nuanciers

Teindre avec de l’indigo n’a rien à voir avec la teinture des autres plantes pour lesquelles on réalise généralement une décoction avec une partie de la plante, puis on filtre et enfin on plonge les fibres dans le bain de teinture ainsi obtenu.

Il faut avoir en tête que la teinture avec l’indigo nécessite de mettre en présence : le pigment, un agent réducteur d’oxygène (à base de fructose) qui permet au pigment de devenir soluble et un environnement au PH basique (PH autour de 11) qui permet à l’indigo devenu soluble d’adhérer aux fibres.

Ensuite, tout est une question d’équilibre, d’observation et de patience… Une pratique quasi-méditative !

Financement et logistique

Colore ton Monde est certifié Qualiopi, ce qui veut dire qu’il est reconnu comme un organisme de formation à part entière. 

Les formations ne sont pas éligibles au CPF mais sont remboursables auprès de certains organismes de formation. C’est une des rares associations (voire la seule) à être certifiée.

Vous trouverez plus d’infos sur le financement sur leur site.

Le stage se déroule à Sceaux en région parisienne. Le local est une jolie maison, à deux pas du RER B station Robinson.

L’atelier est parfaitement équipé : une vraie chance en région parisienne où chaque mètre carré compte !

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L’atelier de teinture

Ce que j’en retiens

La cuve, une matière vivante !

J’ai vraiment compris grâce au stage les particularités de l’indigo mais aussi sa poésie : avoir une cuve d’indigo chez soi, c’est accueillir un organisme presque « vivant » qui nécessite des qualités d’observation, c’est un équilibre subtil entre milieu basique et réducteurs d’oxygène.

Le fait de ramener sa cuve à son domicile – malgré un léger stress en la trimballant dans les transports en commun ! – permet de poursuivre l’apprentissage : c’est un vrai plus.

A noter que Suzy nous apprend à monter au cours de la formation une cuve différente de la cuve 1/2/3.

Je trouve son approche très intéressante et rejoint des échanges que j’avais pu avoir avec d’autres teinturières.

La découverte de la sérigraphie

Je ne connaissais pas du tout la sérigraphie et le stage a été l’occasion de faire quelques essais.

Ci-dessous une photo des tests réalisés sur des cadres « déjà prêts » : à gauche sur du lin et à droite sur du coton.

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Et puis une de mes réalisations avec la pâte de réserve sur le thème du paysage.

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La pratique et l’expérimentation

De nombreux ouvrages expliquent parfaitement le processus de teinture à l’indigo mais les explications de Suzy et la mise en pratique m’ont vraiment permis de bien comprendre l’indigo.

Les mots de Dominique Cardon, historienne française, spécialiste de l’histoire et de l’archéologie des techniques textiles et de la teinture par les colorants naturels organiques, me parlent aujourd’hui bien plus.

« L’indigo, matière colorante bleu foncé, diffère de toutes les autres teintures. D’abord parce que [l’indigo] n’existe pas en tant que tel dans les nombreuses plantes dites « à indigo », mais il se forme à partir du suc de ces plantes broyées ou mises à macérer dans l’eau, et par l’action de l’oxygène de l’air.

Ensuite parce qu’insoluble sous sa forme bleue, il ne peut imprégner les fibres textiles et s’y fixer.

Pour teindre à l’indigo, il faut le transformer en une substance différente, soluble mais presque incolore, dont s’imbibent les fibres. Ce n’est qu’une fois sortis du liquide et exposés à l’air, que les textiles bleuissent à vue d’œil… comme par magie ».

Dominique Cardon

Pour finir, j’ai remis ma cuve en route après la formation pour réaliser les housses de ces jolies bouillottes sèches pour Noël.

Je suis super contente du résultat et surtout d’avoir pu remettre la cuve en route en toute autonomie !

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Je vous souhaite de joyeuses fêtes de fin d’année !

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